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30 octobre 2017

Le blog de l’Ugict-CGT

Harcèlement sexuel au travail : faire reculer l’impunité

L’affaire Harvey Weinstein et la déferlante de témoignages sur les réseaux sociaux vont-elles vraiment et durablement faire bouger les lignes et faire sauter les verrous sur la question du harcèlement sexuel et des agressions sexuelles dans le monde du travail ?

C’est à espérer, car après des années de silence ou d’ignorance, la prise de conscience de ce phénomène est brutale.

Désormais neuf Français sur dix estiment qu’il s’agit d’un problème « important », et « très important » pour près d’une personne sur deux.

Hélas, cette exigence et cette prise de conscience, cette libération de la parole arrivent au moment où le Code du Travail, les prud’hommes et les corps intermédiaires que sont les syndicats sont fragilisés par les lois Travail. À un moment où les inégalités entre les femmes et les hommes vont être renforcées par la loi Travail XXL comme l’ont dénoncé une soixantaine de personnalités dans un appel en septembre dernier.

Bien sûr il faut éduquer, prévenir, libérer la parole, sanctionner, condamner, c’est indispensable. Mais qui peut croire que les comportements prédateurs n’ont rien à voir avec l’infériorisation des femmes au travail et dans la société ?

Plus précaires, plus fragilisées socialement, elles sont des proies faciles pour des hommes prédateurs. Une femme active sur cinq a fait face à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa carrière. Elles sont victimes, la plupart du temps, de gestes ou de propos à connotation sexuelle répétés, malgré leur absence de consentement. Et tout cela n’aurait rien à voir avec la perpétuation des inégalités de genre ? Rien à voir avec les discriminations dont les femmes sont victimes ?

Dès lors, comment croire que les choses vont s’inverser durablement et effectivement alors que le gouvernement affaiblit les outils de l’égalité professionnelle en entreprise ?

Comment les signaux d’alerte à bas bruit pourront-ils être entendus,

  • alors que les CHSCT vont proprement disparaître de manière effective du paysage dans nombre d’entreprises ?
  • quand on réduit l’Inspection du travail à peau de chagrin
  • quand on plafonne les indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif.

On crée toutes les conditions pour que ces crimes et délits restent impunis.

Avant les ordonnances Macron, lorsqu’un employeur licenciait une salariée victime ou témoin de harcèlement sexuel ou moral, il pouvait être condamné à payer jusqu’à 12 mois de salaire. Avec cette loi Travail XXL, le plancher minimum de condamnation est divisé par deux et représentera seulement 6 mois de salaires...

Quel message envoie-t-on aux victimes ? On n’avancera pas en offrant l’impunité.

On ne peut pas se contenter de chartes, de règlements affichés dans les ascenseurs ou sur des panneaux que personne ne consulte pour faire reculer ces violences faites aux femmes. Il va falloir dépasser la bonne conscience.

Vous pouvez lire cet article sur le blog Médiapart de l’UGICT-CGT